Patrimoine

Rossini à Paris

Paris accompagne deux grandes périodes de la vie de Rossini : de 1823 à 1836, puis de 1855 à 1868. Dans une capitale en pleine effervescence artistique, il y connut le succès, fréquenta les scènes lyriques et les salons, et noua de nombreuses amitiés au cœur de la vie culturelle parisienne. L'association Rossini à Paris vous invite à revivre ces années, à redécouvrir les lieux qui ont marqué sa vie et à explorer l'univers artistique foisonnant dans lequel il évolua.

Portrait de Gioachino Rossini

En résumé

Lorsque Rossini arrive à Paris à la fin de 1823, il est déjà une figure majeure de la vie musicale européenne. Son écriture mélodique et rythmique, son sens du théâtre et son usage virtuose de la voix ont profondément renouvelé l'opéra italien. Né à Pesaro et formé à Bologne, il s'est imposé en quelques années avec Tancredi (1813), Le Barbier de Séville (1816) et Semiramide (1823). Il se rend à Paris pour y développer sa carrière, à l'invitation du gouvernement français et du roi Charles X, dans une capitale qui s'impose alors comme l'un des grands centres artistiques et musicaux de l'Europe.

De 1823 à 1830, sous la Restauration de Louis XVIII puis de Charles X, Rossini s'impose au cœur de la vie artistique parisienne. Il prend la direction du Théâtre-Italien en 1824, puis devient Premier compositeur du roi et Inspecteur général du chant. Dans une capitale où théâtres, salons et sociétés artistiques font de la musique un élément majeur de la vie culturelle, il côtoie compositeurs, chanteurs, écrivains et artistes venus de toute l'Europe. Il crée Le Siège de Corinthe (1826) et Moïse et Pharaon (1827) pour l'Opéra, compose Le Comte Ory (1828), et enfin Guillaume Tell (1829), son dernier opéra. Après cette œuvre, il cesse d'écrire pour la scène lyrique. La révolution de Juillet 1830, ses problèmes de santé, son épuisement et ses difficultés avec le nouveau pouvoir contribuent à son retrait. Il quitte Paris en 1836 et vit ensuite en Italie, notamment à Bologne puis à Florence.

Lorsqu'il revient à Paris en 1855 sous le Second Empire de Napoléon III (1852-1870), il retrouve une capitale profondément transformée, en pleine expansion artistique, économique et urbaine. L'effervescence culturelle est toujours aussi forte : Rossini fréquente les salons, reçoit artistes et écrivains et entretient de nombreuses amitiés dans le monde artistique. Désormais éloigné des théâtres, il se consacre à une création plus intime, notamment aux Péchés de vieillesse (1857-1868) et à la Petite messe solennelle (1863), jusqu'à sa mort à Passy le 13 novembre 1868.

Le récit

I

Une arrivée triomphale : 1823-1824

Portrait peint de Gioachino Rossini jeune

Lorsque Rossini arrive à Paris en novembre 1823, il est déjà l'un des compositeurs les plus célèbres d'Europe. Tancredi, Le Barbier de Séville, La Cenerentola et Semiramide ont fait de lui une figure majeure de l'opéra italien. Son arrivée est un événement mondain : le 16 novembre 1823, un banquet est organisé en son honneur au restaurant Au Veau Qui Tète, près de la place du Châtelet, réunissant environ 150 convives issus du monde artistique parisien.

Rossini reste toutefois peu de temps à Paris lors de ce premier passage. Il poursuit son voyage avec sa première femme et chanteuse Isabella Colbran vers Londres où il séjourne plusieurs mois. Il revient ensuite à Paris en 1824, après avoir quitté définitivement l'Angleterre en juillet. C'est alors que commence sa véritable installation dans la capitale.

Rossini découvre alors une capitale où quatre grandes institutions structurent la vie musicale : l'Académie royale de musique, généralement appelée l'Opéra, consacrée notamment au grand opéra français ; le Théâtre-Italien, qui défend le répertoire italien ; et l'Opéra-Comique, attaché à un genre mêlant chant et théâtre parlé.

Rossini prend alors la direction du Théâtre-Italien, puis devient Premier compositeur du roi et Inspecteur général du chant. Il entre ainsi directement au cœur de la vie musicale de la Restauration.

II

Paris : capitale musicale

Gravure du Théâtre Royal Italien à Paris

Rossini découvre une ville qui attire compositeurs, chanteurs et artistes venus de toute l'Europe. Autour de lui évoluent notamment Luigi Cherubini, François-Adrien Boieldieu, Daniel-François-Esprit Auber et Ferdinand Hérold, qui participent à la transformation de la scène musicale française.

En 1825, Giacomo Meyerbeer arrive à Paris après plusieurs années passées en Italie. Il fait d'abord jouer ses œuvres au Théâtre-Italien, avant de s'imposer quelques années plus tard à l'Opéra avec Robert le Diable, puis Les Huguenots. Le parcours de Meyerbeer illustre les échanges qui s'opèrent alors entre les traditions italiennes, française et allemande.

Le modèle vocal italien rencontre progressivement les exigences du grand opéra français. La Muette de Portici d'Auber, puis Guillaume Tell de Rossini, participent à cette évolution qui transforme durablement la scène parisienne.

III

Rossini au cœur de la vie musicale parisienne : 1824-1829

Page de titre de la partition de Guillaume Tell, 1829

À la tête du Théâtre-Italien, Rossini joue un rôle important dans la diffusion du répertoire italien à Paris. Il écrit également pour les grandes institutions françaises. En 1825, Il viaggio a Reims est créé au Théâtre-Italien à l'occasion du sacre de Charles X. Rossini réutilisera ensuite une grande partie de sa musique dans Le Comte Ory, créé en 1828.

Il compose ensuite Le Siège de Corinthe en 1826 et Moïse et Pharaon en 1827 pour l'Opéra. Ces œuvres participent à l'émergence du grand opéra français, qui associe musique, chœurs, ballet et spectaculaire scénique. Puis viennent Le Comte Ory en 1828 et Guillaume Tell en 1829. Créé le 3 août à l'Opéra de Paris, Guillaume Tell est son dernier opéra. Rossini n'a alors que trente-sept ans.

Après le succès de Guillaume Tell, Rossini quitte Paris pour Bologne en septembre 1829. Cette première grande période parisienne s'achève ainsi après six années d'une activité particulièrement intense.

IV

Isabella Colbran et Olympe Pélissier

Portrait peint d'Isabella ColbranPortrait peint d'Olympe Pélissier

La vie parisienne de Rossini est aussi marquée par les bouleversements de sa vie personnelle. En mars 1822, il épouse la cantatrice espagnole Isabella Colbran, qui a créé plusieurs des grands rôles de ses années napolitaines. Elle l'accompagne dans ses voyages à Vienne, Paris et Londres. Lors du long séjour parisien de 1824 à 1829, Isabella a progressivement abandonné la scène. Leur relation se détériore et, lorsque Rossini repart pour Paris à l'automne 1830, elle reste en Italie.

C'est à Paris que Rossini rencontre Olympe Pélissier, qui devient progressivement sa compagne. Au début des années 1830, alors qu'il traverse une grave crise de santé, elle joue auprès de lui un rôle essentiel et l'accompagne dans cette période difficile. Lorsque Rossini retourne en Italie en 1836, Olympe le rejoint, tandis qu'Isabella reste à Castenaso, non loin de Bologne.

La séparation est officialisée en 1837, tandis que Rossini et Olympe poursuivent leur vie commune. Isabella meurt en 1845 et, le 16 août 1846, Rossini épouse Olympe Pélissier. Elle restera auprès de lui jusqu'à sa mort.

V

Le retour à Paris : 1830-1836

Portrait gravé de Rossini assis

Après la Révolution de Juillet 1830 et la chute de Charles X, Rossini perd ses fonctions royales. Il revient pourtant à Paris dès septembre 1830, cette fois dans un contexte très différent, notamment pour défendre ses droits et sa pension. Il vit alors principalement à Paris jusqu'en 1836.

Durant cette période, il effectue plusieurs voyages, notamment en Espagne en 1831 avec le banquier Alexandre Aguado. C'est à cette occasion qu'il accepte de composer le Stabat Mater. Les premiers symptômes de ses graves problèmes de santé apparaissent en 1832. Olympe Pélissier est alors déjà très proche de lui et le soigne durant cette période.

Rossini compose également les Soirées musicales, réunissant des pièces écrites entre 1830 et 1835. En 1836, Rossini quitte Paris et retourne à Bologne. Cette fois, il entame une longue période italienne qui le conduira ensuite à Florence.

VI

Entre l'Italie et Paris : 1836-1855

Photographie de Rossini debout, Paris

De 1836 à 1848, Rossini vit principalement à Bologne. Il s'intéresse notamment au Liceo Musicale et poursuit son travail sur le Stabat Mater, dont la version définitive sera créée à Paris en janvier 1842. Il revient alors ponctuellement dans la capitale.

En 1843, Rossini revient également consulter un spécialiste pour ses problèmes de santé. Après les événements de 1848, il quitte Bologne et s'installe à Florence. Son état de santé se dégrade progressivement. En 1855, il revient finalement à Paris avec Olympe, cette fois pour y vivre jusqu'à la fin de sa vie.

VII

Le retour définitif à Paris : 1855

La rue de la Chaussée-d'Antin à Paris

En 1855, Rossini retrouve une capitale profondément transformée. Le Paris du Second Empire n'est plus celui de la Restauration : la ville connaît une intense activité artistique, musicale et mondaine. Rossini et Olympe résident notamment au 2, Chaussée-d'Antin.

Rossini n'y revient pas pour reprendre une direction de théâtre, mais comme une figure prestigieuse de la vie musicale. Son statut est désormais celui d'un maître reconnu par plusieurs générations. Son entourage rassemble notamment Liszt, Verdi, Gounod, Saint-Saëns et Meyerbeer. En mars 1860, il reçoit également Richard Wagner dans son appartement de la Chaussée-d'Antin, une rencontre organisée par Edmond Michotte entre deux générations majeures de l'opéra européen.

Rossini est désormais moins un homme de théâtre qu'un homme de salon : il reçoit, échange et entretient autour de lui une vie artistique particulièrement active.

VIII

La villa de Passy et les dernières années : 1859-1868

Manuscrit autographe de la Petite messe solennelle, Passy, 1863

Au printemps 1859, Rossini fait construire une villa à Passy. Lorsqu'il n'est pas rue de la Chaussée-d'Antin, il y partage sa vie avec Olympe et reçoit de nombreux artistes et musiciens. Passy devient rapidement un lieu de rencontre de la communauté musicale internationale.

Dans cette période, Rossini compose les Péchés de vieillesse, œuvres intimes pour piano, voix et petits ensembles. Loin des grandes scènes de l'Opéra, il retrouve une liberté d'écriture plus personnelle, souvent teintée d'humour. En 1863, il compose la Petite messe solennelle. Elle est donnée pour la première fois en privé le 14 mars 1864 chez la comtesse Louise Pillet-Will. Rossini l'orchestrera ensuite en 1867 ; cette version ne sera exécutée qu'après sa mort, en 1869.

La villa de Passy devient ainsi le dernier grand lieu de la vie artistique de Rossini à Paris : un espace privé où se rencontrent musique, amitié et création.

IX

La mort de Rossini : 13 novembre 1868

Gravure des funérailles de Rossini quittant l'église de la Sainte-Trinité

Rossini meurt dans sa villa de Passy le 13 novembre 1868, après une longue maladie. Il est alors âgé de soixante-seize ans. Il est inhumé au Père-Lachaise.

En 1887, sa dépouille est exhumée et transférée à Florence, où elle rejoint la basilique Santa Croce. Olympe Pélissier lui survit dix ans et meurt à Paris en 1878.

X

Après Rossini : la Fondation Rossini

La Fondation Rossini à Paris

L'histoire parisienne de Rossini ne s'arrête pas à sa mort. Grâce au don de son épouse Olympe, une institution destinée aux artistes lyriques âgés ou sans ressources est créée à Paris. Construite sur un terrain dépendant de Sainte-Périne, la Fondation Rossini est inaugurée le 30 juin 1889.

Elle accueille gratuitement d'anciens artistes lyriques français et italiens ayant exercé en France, âgés d'au moins soixante ans et souvent sans ressources ou atteints d'une infirmité. Chaque pensionnaire dispose de sa propre chambre. Cette institution prolonge ainsi concrètement la mémoire de Rossini : non seulement celle du compositeur, mais celle d'un homme profondément attaché au monde lyrique et à ses artistes.

À Paris comme à Pesaro, son héritage se poursuit sous des formes différentes : à Paris, à travers cette œuvre philanthropique ; à Pesaro, à travers les institutions musicales et patrimoniales consacrées à son œuvre et à sa mémoire.

Itinéraires

Les lieux de Rossini à Paris

Villa Passy

Villa Passy

2, avenue Ingres, Paris 16ᵉ

Dans sa villa de Passy, Rossini retrouva à partir de 1855 une vie musicale intense, recevant de nombreux écrivains et amis. C'est là qu'il composa notamment les Péchés de vieillesse et la Petite messe solennelle.

Théâtre des Italiens

Théâtre des Italiens

Salle Favart, Paris 2ᵉ

Le Théâtre-Italien, aujourd'hui disparu, fut l'une des grandes scènes de la vie parisienne de Rossini. Il y dirigea et y fit triompher plusieurs de ses œuvres, dont Il viaggio a Reims, créé en 1825 à l'occasion du sacre de Charles X.

Rue de la Chaussée-d'Antin

Rue de la Chaussée-d'Antin

2, rue de la Chaussée-d'Antin, Paris 9ᵉ

Lors de sa seconde vie parisienne, Rossini s'installa au 2, rue de la Chaussée-d'Antin et y tint l'un des salons musicaux les plus recherchés de Paris. Compositeurs, chanteurs, écrivains et personnalités s'y retrouvaient autour de sa musique et de sa table.

Opéra — Académie royale de musique

Opéra — Académie royale de musique

Salle Le Peletier, Paris 9ᵉ

L'Académie royale de musique, généralement appelée l'Opéra, constitue alors la grande scène lyrique française. Rossini y fait évoluer son écriture pour répondre aux exigences du grand spectacle parisien, en adaptant notamment son style au goût français pour les chœurs, les ensembles et les scènes de grande ampleur. Il y crée successivement Le Siège de Corinthe en 1826, Moïse et Pharaon en 1827, puis Guillaume Tell le 3 août 1829.

Fondation Rossini

Fondation Rossini

Hôpital Sainte-Perrine, Paris 16ᵉ

Rossini souhaita consacrer une partie de sa fortune aux artistes lyriques âgés et démunis. Après sa mort, son épouse Olympe Pélissier fit vivre cette volonté en créant une fondation parisienne, aujourd'hui située au sein de l'hôpital Sainte-Perrine à Paris, destinée à perpétuer son engagement en faveur des artistes.

Père-Lachaise

Père-Lachaise

16 rue du Repos, Paris 20ᵉ

Après sa mort à Passy, le 13 novembre 1868, Rossini fut conduit en grande pompe au Père-Lachaise, où il fut d'abord inhumé. Sa dépouille fut ensuite transférée en Italie en 1887, mais le cimetière conserve la mémoire de ses premières funérailles parisiennes.

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